Danse, Mort, Individuation

Commencement, origine, provenance, nous oublions un cas absolument particulier : Pingouin. Il est celui qui vient au monde en tant que monstre. Il est l’enfant monstrueux d’une alliance humaine. Il est celui qui est né monstre, et pas celui qui fait naître un monstre en lui.

Batman, lui, vient a l’existence dans un moment d’individuation, c'est la rencontre avec l’assassin de ses parents. Aucun devenir, mais l’identité absolue d'un personnage. C’est en même temps que Bruce devient Wayne et Batman, Batman. Identité absolue : « je suis Batman ». Aucun devenir, mais un acte de perfection de l’être. La rencontre avec le joker : "As-tu déjà dansé avec le diable au clair de lune?". C’est le moment ontologique par excellence ! C’est Joker qui dévoile sa propre finitude à Batman : tu vas crever, mec ! Mais seras-tu capable d’une mort brillante, de ne pas détourner le regard quand elle sera là ? Et tout la guerre que mènera Batman ne sera que le développement de cette unique phrase. Tout Batman, n’est qu’une série de varation de cette unique proposition. Batman, c’est la danse au clair de lune avec le diable. Diable aux mille visage, clair de lune même en plein jour. Tout Batman n’est que cela, danse et clair de lune. Si bien que l’incessant « je suis Batman » n’est rien d’autre que : « je danse avec le diable, au clair de lune ». Car il nous faut le dire maintenant : ce que désire Matman, n’est ni le bien, ni la justice : mais la pure destruction : la mort.

Batman ne désire aucunement le bien, mais la destruction du mal, ce qui n’a rien à voir. Batman desire danser, Batman désire le diable, Batman désire le clair de lune. C’est dans cette danse que Batman est Batman, mais en même, c’est de la même manière que Bruce Wayne, est Bruce Wayne. C’est le moment où la forme s’incarne dans la matière. C’est dans ce mouvement de perfection de son être, que Batman vient à l’existence. N’oublions jamais la vertu ontologique de la ciguë : ce n’est que dans la mort que l’être atteint son achèvement, sa propre perfection. Perfection toujours différée, Batman ne meurt jamais, mais ne cesse de tendre vers ce point, ce point ultime où Batman répondrait enfin au joker : « j’ai dansé toute ma vie au clair de lune ». Et tout Batman ne fait que différer ce moment, moment où il pourrait enfin regarder le joker, danser avec, et se précipiter avec lui, dans la mort, au clair de lune.

RIDEAU.