Justice I

Tout d’abord, il semblerait que Batman désire la justice, mais de quelle justice s’agit-il ? Batman fait régner une justice, là ou les représentants habituels de la justice échouent. Il détient sa place de l’incapacité des figures habituelles de la justice d’agir. Batman est Batman parce que ni la police, ni les magistrat arrivent à faire régner un régime de vie où les innocents souffrent et les coupables demeurent impunis dans Gotham City. Il se présente donc comme une super-justice, plus juste que la justice elle-même. Il est le bienfaiteur et l’ami de la cité. Il rend possible, dans la cité, plus d’ordre, et plus de droit. Il rend aux innocents leurs droits perdus, tout en limitant le chaos de la criminalité.

Mais en même temps, la justice que propose Batman est d’une nature absolument différente. Batman agit là où le policier et le juriste sont incapables d’agir, dévoilant une machine d’une nature absolument différente, machine de guerre indépendante de l’appareil d’état. Batman soit puni lui-même, soit livre la malfaiteur aux autorités (compétentes ?). Mais dans tout les cas Batman représente la chute de l’état de droit. Batman ne se réfère à aucun texte, à aucune loi, aucun code civil, ni aucun droit. Ce n’est en vertu d’aucune loi écrite que Batman puni, imposant lui-même, jugement et punition. La justice qu’administre Batman, est une justice sans droit, ni loi. Le coupable n’a aucun droit, Batman n’obéit à aucune loi. Il est ainsi non pas juge, mais justicier. Dans un certain sens Batman ne juge pas, ou plutôt produit un jugement sans procés, jugement immédiat, comme si la cupabilité n’était jamais le problème, n’était jamais la question, ni mise en doute…

Batman est le double du juriste. Il représente la justice, il est un justicier. Mais il n’est jamais un juge. La justice de Batman n’émet aucun procès, et s’il juge, il juge sans lois, sans droit, affirmant un jugement d’une nature bien différente que celle du juriste. Jugement divin ? Certainement pas, car Dieu donne à Moïse la loi. Batman est assurément démoniaque ! Démoniaque, car ses alliances, sont contre nature : Batman s’allie avec les animaux, et pas n’importe lesquels, la chauve-souris, c’est-à-dire le vampire. Lors de son initiation, il s’allie aussi avec les criminel voulant devenir comme eux sans jamais être l’un d’entre eux, là encore se dresse la position de l’anomal. Toujours en bordure, toujours en retrait, il refuse catégoriquement de devenir un criminel, même s’il leur ressemble. C’est aussi ici, que de dessine la différence entre Batman et Superman. Car si Superman, héros divin par excellence, pactise avec les humains, Batman lui pactise avec les criminels et les animaux. Son pacte avec Gordon ne déroge pas à la règle. Gordon, lui aussi, a cette figure de bordure. Gordon ne représente pas l’ordre, (ou en tout cas, il ne représente pas le pouvoir), mais un rapport douteux à l’ordre. C’est justement parce que Gordon est un flic déviant, (mais justement pas corrompu) qu’un alliance est possible entre Batman et lui. D’ou l’une des deux règles du devenir-animal selon Deleuze : alliance avec l’anomal. L’alliance, (le pacte), se fait toujours avec l’être de bordure. Jamais Batman ne fera alliance avec le maire de Gotham, symbole du pouvoir.

Batman est aussi le double du flic, c’est-à-dire le détective. Batman est dès sa création le personnage du détective, (DC signifie détective Comics). Le détective, c’est la justice sans l’ordre, la justice moins le pouvoir. Batman n’est par un gardien de l’ordre, ni un gardien de la paix, il est au contraire, l’image du guerrier qui se dessine, contre l’ordre. Batman n’est pas un CRS, il est indépendant de l’état, c’est cela qui fait son rapport si ambiguë à la cité, dont il ne fait pas partie bien qu’elle soit son territoire.

(A suivre...)