Schizophrénie du justicier (Justice II)

Le rapport à la justice de Batman est éminemment schizophrénique. Il ne s’agit pas ici, de diagnostiquer la santé d’un individu. Mais la question est celle du discours, ou plutôt, comme Batman le dit dans Begins, des actes.

Il y a une schizophrénie dans le rapport de Batman à la justice. D’un coté, Batman, affirme dans son acte même, la justice. Il est la justice, une justice plus juste que la loi, une justice qui apparaît là où juges et policiers sont inefficaces. Mais en même temps (et sous le même rapport), la justice que Batman administre est sa justice. Où seul un individu, détermine ce qu’est le juste. D’où un rapport éminemment schizophrénique à la justice. En même temps, le discours (ou l’acte) de Batman énonce deux choses contradictoires : en même temps, il se proclame comme étant la justice, mais, en même temps, c’est toujours une justice, prononcée par un individu.

Mais avant tout, Batman, se situe en deçà de la justice, en deçà de l’amour, en deçà de l’humain. Il n’y à a pas de commencement à Batman. Mais Batman, c’est le commencement. Gotham, avant Batman, n’est que chaos (1). Batman, nous l’avons vu est dans un rapport animal au territoire, Gotham est son territoire, qu’il défend. Son rapport au territoire est en deçà de la citoyenneté, en deçà de tout rapports humain. Non pas par delà, mais en deçà, du Bien et du Mal.

Batman est principe, ou loi, qui émerge du chaos. C’est Gotham, cet agencement chaotique d’individus, en deçà sûrement d’une société, qui produit, son principe d’ordre, principe ordonnateur. C’est à partir de Batman qu’on s’interroge sur le bien et le mal, mais lui est en deçà du bien et du mal. Batman, c’est le commencement, le début de quelque chose qui serait de l’ordre de l’humain, dans l’animal. Ce serait le début de quelque chose qui ressemblerait à l’état de droit. C’est du chaos qu’émerge un principe générateur d’ordre, principe qui n’est pas lui même ordonné. Batman, en lui même, ne désire pas l’ordre, mais à partir de Batman, il y a de l’ordre. Batman est plus spinoziste qu’on ne le croit, il cherche juste a persévérer dans son être, a accroître sa puissance d’être. Ainsi il ne désire ni droit, ni justice, mais conserver son territoire et le défendre des attaques ennemies.

Batman n’applique pas la loi, il est la loi, le principe unifiant et ordonnant. Batman n’applique aucun principe général a des individus, il n’est pas non plus principe individuel qui conquiert une multiplicité. Il est schème, règle de construction, en lui-même, inconstruit. Règle pour construire la figure en elle même inconstruite. C’est à partir de Batman qu’on dira il y a de l’ordre, il y a du chaos. Mais en lui même Batman n’est ni ordre, ni chaos.

(1) En cela, nous suivons Zarathoustra, dans sa critique de l’esthétique de Nolan, tout en refusant d’attribuer une supériorité à Burton.

(A suivre ...)